Quel avenir pour la librairie indépendante ?

Le 20 janvier 2012

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Nouvelles pratiques culturelles, essor du e-commerce, hausse des charges et stagnation du pouvoir d'achat : la situation économique des librairies indépendantes est fragile, voire critique pour les plus petites structures. Pouvoirs publics et professionnels de la librairie tentent d'apporter des réponses.

La fermeture de la libraire Castéla, place du Capitole à Toulouse et les difficultés de la librairie l'Alinéa dans le 12ème arrondissement de Paris, largement relayées dans la presse et sur Internet, ont attiré l'attention du grand public sur un métier en crise : celui de libraire indépendant.

Les difficultés que connaît le secteur étaient au coeur des Rencontres Nationales de la Librairie qui se sont tenues à Lyon en 2011. A cette occasion a été présentée une étude réalisée par le cabinet Xerfi à la demande du Syndicat de la Librairie Française et du Ministère de la Culture : La situation économique et financière des librairies indépendantes.

 

Les petites librairies dans une situation critique

De prime abord, le marché du livre se porte plutôt bien : dans un contexte économique difficile les ventes ont progressé de 3,9% en 2009 et sont restées stables en 2010. Pourtant, à y regarder de plus près, la situation est fortement contrastée : les ventes de livres se concentrent de plus en plus sur quelques titres et l'on observe une standardisation de l'offre qui profite essentiellement à la grande distribution (hypermarchés et grandes surfaces culturelles) dont les ventes ont progressé de 7% entre 2000 et 2010. En revanche le chiffre d'affaires des libraires indépendants a baissé de -5,4% de 2003 à 2010, avec un "net décrochage en 2009 et 2010" souligné par Xerfi.

Avec un résultat net de 0,3% en 2010 et un excédent brut d'exploitation divisé par trois de 2003 à 2010 pour atteindre le seuil de 1,1% en 2010, le secteur de la librairie indépendante est l'un des moins rentables du commerce de détail.

Toutefois, si la situation des petites librairies (celles dont le chiffre d'affaires est inférieur à 300 k€) est fragile, ce n'est pas le cas des grandes librairies (dont le chiffre d'affaires dépasse 1 million €) : ces dernières ont vu leur chiffre d'affaires progresser de 6% sur la période 2003 - 2010.

 

Une crise dont les causes sont connues

Les difficultés de la librairies sont multiples et s'additionnent les unes aux autres. Citons notamment :

  • La hausse des charges : dépenses d'exploitation (+2 à 3% par an), frais de personnel, coût du transport et surtout loyers commerciaux qui ont connu depuis une dizaine d'années une très forte augmentation.
  • Le e-commerce représente 11% du marché du livre en 2010 et il échappe en grande partie aux libraires indépendants. Le lancement du site www.1001libraires.com en avril 2011 par les professionnels du secteur, relancé début 2012 après avoir frôlé la faillite, n'a pas permis jusqu'à présent d'inverser la tendance.
  • Dans le même temps arrive le livre numérique : il représente en France seulement 1% du chiffre d'affaires des éditeurs, mais dix fois plus aux Etats-Unis. Face aux leaders Amazon et Apple, Orange prépare une offre concurrente, mais quelles conséquences pour la petite librairie ?
  • Les Français lisent moins : c'est l'un des enseignements de l'enquête sur les pratiques culturelles des Français entre 1997 et 2008 publiée par le Ministère de la Culture.
  • Le pouvoir d'achat des Français stagne, voire diminue, alors que les dépenses consacrées à la téléphonie, à Internet et aux loisirs numériques ne cessent de progresser.

La réponse des pouvoir publics

  • Dès août 1981 était votée la loi sur le prix unique du livre, dite loi Lang, qui pendant 30 ans aura permis le maintien d'un réseau de librairies sur l'ensemble du territoire. Mais elle ne suffit plus aujourd'hui à sauvegarder les établissements les plus fragiles.
  • En décembre 1988 fut créée l'ADELC - Association pour le développement de la librairie de création - dont les aides cumulées sur une période de 23 ans représentent 25 millions € qui ont permis à 400 libraires de se développer et de donner leur chance à de nouveaux écrivains.
  • Le CNL - Centre National du Livre -  qui a succédé en 1993 au Centre National des Lettres, gère un ensemble d'aides dont certaines destinées à soutenir le secteur de la librairie.
  • Le Ministère de la Culture a créé en 2009 et élargi en 2011 les labels de Librairie de Référence (LR) et de Librairie indépendante de Référence (LiR), une mesure destinée à maintenir un réseau de librairies dense et diversifié sur tout le territoire. 538 établissements étaient labellisés en janvier 2012.
  • Une mission sur l'avenir de la librairie indépendante a été annoncée mi-janvier 2012 par le Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand soulignant "l'urgence de replacer la librairie au centre des débats sur l'avenir de la filière du livre". Ses conclusions sont attendues à la fin du 1er trimestre 2012.
  • Signalons également que la majoration du taux de TVA de 5,5 à 7% sur le prix du livre a été reportée par le gouvernement au 1er avril 2012.
  • Enfin il existe dans les régions françaises des aides aux libraires et aux éditeurs recensées dans un guide des aides publié par la FILL (Fédération interrégionale du livre et de la lecture).

 

Les libraires se mobilisent

Pour réagir face aux difficultés, ou prévenir les effets de la crise, les libraires adoptent différentes stratégies :

  • L'aménagement du point de vente : espace de lecture pour les enfants, petite restauration ou coin café comme chez Dialogues à Brest.
  • Conseils de lecture, capacité à recommander un ouvrage, personnalisation de la relation avec le client contribuent indiscutablement à le fidéliser. Un bon exemple (parmi beaucoup d'autres) : la Librairie du Voyage à Rennes.
  • Spécialisation dans un domaine : livres de voyages, livres pour enfants, livres d'art, livres en langue étrangère... Le tout étant de trouver la bonne spécialisation au bon endroit, ce qui n'est pas chose aisée. Vendre des livres en langue anglaise rue de Rivoli à Paris, oui, mais dans une petite ville, ce serait évidemment plus risqué.
  • Diversification : par exemple répondre aux appels d'offre des collectivités. Ou développer un rayon scolaire ou universitaire, ou un rayon papeterie bien positionné par rapport à l'offre de la grande distribution. Ou encore créer un partenariat avec un événement culturel pour créer une librairie temporaire à l'occasion de cet événement.
  • Animations : lectures, rencontres, dédicaces, expositions, petites formes théâtrales, animations musicales font vivre un lieu. Certains libraires font preuve en la matière d'une grande créativité et d'une vraie originalité. Citons par exemple Atout Livre à Paris 12ème ou la librairie - galerie Le Monte en l'air à Paris 20ème.
  • Créer un réseau de libraires pour mutualiser ses moyens (communication, site web) : ainsi le réseau Librest à Paris.
  • Créer une communauté sur facebook. Ainsi la librairie La Griffe Noire à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) réunit 3400 fans sur facebook. Il faut dire que son responsable n'est autre que Gérard Collard, libraire médiatique que l'on peut entendre notamment sur France Info, France 5 ou LCI.

Ce sont là quelques réponses possibles, expérimentées par des libraires qui s'adapent à la situation, anticipent les évolutions, en fonction du contexte local - et de leur imagination !

 

Et la suite ?

Il n'en demeure pas moins que sur le fond, les difficultés de la librairie indépendante demandent une réflexion de tous les acteurs de la filière livre sur le partage de la valeur à tous les niveaux de la chaîne, comme le propose Olivier Bétourné, P-DG des éditions du Seuil, dans une tribune publiée dans Le Monde le 2 septembre 2011.

Il appartient à la profession, avec le soutien des pouvoirs publics, de s'emparer de ces propostions et d'y apporter des réponses concrètes. Sans tarder.

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