Mobilité : les 70 ans et plus s'expriment

Le 12 décembre 2011

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A la lecture de l'étude TNS SOFRES qui donne la parole aux plus de 70 ans, quelle analyse peut-on faire sur la mobilité des séniors ? Quelles sont les caractéristiques et besoins de mobilité de cette partie de la population ? Existe-t-il une «mobilité des séniors» spécifique, quels en sont les freins et les leviers de développement ?

Les « séniors » : qui sont-ils ?

Tout d’abord, il convient de comprendre de qui on parle quand on aborde la population des plus de 70 ans. L'étude (téléchargeable en bas de page) nous précise que 53% se considèrent comme toujours autonomes, proportion stable comparée à 2009 et 2010. Les 47% de séniors « fragilisés » se décomposent en « déclinants » (20%) et « dépendants » (27%) qui ont une réelle perte d’autonomie personnelle nécessitant l’intervention de tiers. 77% considèrent que se déplacer au quotidien est facile.

 

Continuité des modes de déplacements des séniors

Tout d’abord on remarque que comme dans les autres catégories de la population, c’est la voiture qui arrive en tête des modes de déplacement utilisés le plus fréquemment pour 66% d’entre eux, pour des trajets souvent inférieurs à 30 minutes. 57% de l’échantillon conduisent eux même leur véhicule. On retrouve ici un chiffre en correspondance directe avec la part des séniors autonomes.

Pour ce qui est des voyages (trajets supérieurs à 100km), la voiture reste là aussi le moyen le plus utilisé pour 75% des sondés, qu’ils soient conducteurs ou passagers. (25% prennent le train)

A offre de mobilité égale, et tant que cela leur est physiquement possible, les séniors privilégient donc la voiture qui est selon eux, source de plaisir (75%) et de lien social (58%).

On retrouve donc les mêmes idées reçues que dans le reste de la population puisque la voiture est perçue comme source de lien social (bien que dans la population des séniors 60% sont systématiquement seuls au volant) alors que c’est la mobilité qui en est la source.

Ce ne sont donc ni la possibilité d’utiliser des nouvelles technologies rassurantes en terme de sécurité, dont sont équipées la plupart des voitures actuelles, ni même la manque d’offre en termes de transport public, qui orientent les choix vers la voiture. C’est bel et bien l’habitude.

Ainsi, si l’on observe les comportements vis-à-vis des transports en communs, on note que seulement 3 séniors sur 10 les utilisent, mais que seulement 4 sur 10 les utilisaient déjà auparavant. Il y a donc continuité après 70 ans des comportements de mobilité développés pendant la vie active.

TNS Utilisation

80% des utilisateurs de transports en commun les jugent adaptés à leur situation, 30% détiennent un abonnement et 81% des abonnements sont soumis à gratuité ou réduction.

Ceux possédant une voiture vont avoir tendance à se déplacer plus souvent, du fait de son immédiate disponibilité.

 

Les causes d’évolution des pratiques

L’énigme que la Sphinge de Thèbes posa à Œdipe présente l’homme comme « un être, pourvu d’une seule voix, [qui] a d’abord quatre jambes, puis deux jambes, et trois jambes ensuite », son équivalent moderne à quatre roues est plus immuable dans ses modes de déplacement.

De fait, si la tendance n’est pas clairement relevée dans l’étude, on observe que les modes de mobilité n’évoluent pas significativement avec l’âge, mais que c’est la capacité globale de mobilité qui diminue passé 70 ans.

Ainsi, les problèmes de santé (32%), ou difficulté de mobilité physique (29%) sont parmi les principales causes de pertes de mobilité évoquées. Les difficultés financières (15%) et la solitude (22%) sont aussi des causes réduisant directement la mobilité des personnes âgées et qui sont malheureusement également communs à d’autres couches de la population.

Concernant ceux ayant arrêté de conduire eux-mêmes leur véhicule, les raisons invoquées sont les problèmes de santé (52%) et la peur du danger (42%). Contrairement à d'autres pays, la France n'impose pas de contrôles médicaux aux conducteurs très âgés, comme c’est le cas aux Pays-Bas, où le permis de conduire n'est valable que dix ans et son renouvellement, au-delà de 70 ans, exige la présentation d'un certificat médical. Des mesures similaires sont en vigueur au Danemark, en Espagne ou encore en Grande-Bretagne. Une proposition de loi déposée mais encore non votée au Parlement, propose de rendre obligatoire un contrôle médical tous les 5 ans à partir de 70 ans.

 

Des solutions à mettre en place

Réponse produit

La réponse qui pourrait être apportée par le marché, à l'image de ce que propose Toyota reste pour l'instant modeste. La Yaris version sénior est un investissement . Toyota (qui possède déjà une expérience significative dans l’aide robotique à domicile) développe également un fauteuil roulant motorisé pour personnes à mobilité réduite. D'autres initiatives sont à attendre sur un marché qui pourra s'avérer porteur (les plus de 65 ans devraient être 820 millions en 2025 contre 470 millions actuellement) même si les constructeurs automobiles veulent préserver une image dynamique. La vieillesse reste pour l'instant un tabou. De plus, une réponse strictement technologique ne peut être satisfaisante dans la mesure où les infrastructures ne s'impliquent pas.

Aménagement du territoire et implication des collectivités

La politique de mobilité se doit de prendre en compte la totalité des usagers. Envisager le trottoir comme devant être aussi praticable pour un déambulateur, favoriser la signalétique des bus et tramways, créer plusieurs "coeurs de ville" détournant l'attractivité des seuls centres villes historiques, développer des habitats adaptés en centre-ville pour rompre l’isolement, et maintenir les commerces de proximité nécessaires pour éviter les déplacements périurbains.

En Loire Atlantique, c’est le service du Conseil Général LiLa « à la demande » qui permet, pour le prix d’un simple ticket de bus, de solliciter un transport particulier et rompre ainsi l’isolement des campagnes non desservies régulièrement par les transports en commun. 

Une offre de services en développement

Le contact humain reste nécessaire et souhaitable quand, malgré la mode du tout numérique, on ne voudrait pas voir dématérialiser certains services (coiffeur, médecin, bureau de vote…)

Active sur Rennes et ses environs, la maison de clochette, se propose d'améliorer l'autonomie des personnes agées. La mobilité est une des composantes de son offre de service. Pour la gérante Nathalie Le Béguec "Bouger, c'est vivre!" partant du constat qu'on se maintient d'autant plus à domicile qu'on garde l'habitude d'en sortir.

Au niveau national, d'autres associations proposent des services d'accompagnement dans les transports en commun,tels les compagnons du voyage (association créée à l'initiative de la SNCF et la RATP) qui s’adressent également aux enfants pour leurs sorties extra scolaires, et aux personnes handicapées ou encore Age d’or service, initiatives qui répondent également à la problématique du lien social.

 

Andy Singer - Le cycle de la vie

Le cycle de la vie
Ce dessin est reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur Andy Singer

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