Deux enseignements du possible succès d'Autolib'

Le 14 novembre 2011

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Afficher en taille réelle Les stations Bluecar à Paris

Malgré tous les scepticismes exprimés, les premières Bluecars du groupe Bolloré circulent à Paris depuis début octobre pour la phase test du lancement du nouveau service d'autopartage Autolib'. 66 véhicules disponibles auprès de 33 stations sont en effet en circulation mais le projet de la ville de Paris doit rapidement monter en puissance avec un objectif final de 3000 véhicules. 300 voitures doivent être mises en circulation chaque mois d’ici juin 2012 pour atteindre à cette date un parc de 2000 voitures.

En retard par rapport à d’autres pays dans les pratiques d’autopartage, la France prend un coup d’avance avec l’Autolib’ Parisien qui est d’ores et déjà le plus gros service d’autopartage électrique du monde. Chacun le reconnait, y compris Vincent Bolloré, le pari est énorme mais les retombés le seront d’autant plus pour le groupe si le succès est au rendez-vous.

Le succès d’Autolib’ marquerait au moins 2 évolutions notables :

Le passage à une échelle industrielle du service d’autopartage

La capacité du projet à transformer des pratiques de mobilité centrées sur la possession de l’automobile sera une clé du succès d’Autolib’. L’enjeu est de dépasser le statut actuel de l’autopartage qui séduit essentiellement des adeptes convaincus et de le faire évoluer plus largement pour que l’automobile soit vue non comme un bien personnel mais comme partagé et intégré dans le système de mobilité. Au sein d’un espace urbain comme Paris, avec 3000 voitures, plus de 1000 stations et un haut niveau de service recherché (one way, réservation des places, assistance…), le projet Autolib’ cherche un nouvel effet d’échelle pour l’autopartage. Pour atteindre cette taille critique, la philosophie d’Autolib’ est bien d’inciter à "renoncer à sa voiture en offrant l'usage ponctuel de véhicules, à la fois économiques et écologiques". La réussite du projet Autolib’ marquerait un tournant dans la capacité des usagers à abandonner leur automobile au profit d’un service de mobilité permettant d'atteindre une taille critique nouvelle pour l'autopartage.

 

La nécessité de gérer des retours sur investissements longs

Acheter le service plutôt qu’une automobile permet de réduire les impacts environnementaux grâce à une meilleure utilisation des ressources. Mais pour l’opérateur de service, c’est autre modèle économique qui nécessite l’acquisition du parc et son entretien, la création des infrastructures et des services (systèmes de réservation, de paiement, d'assistance...) et un accompagnement long des usagers dans l’évolution de leurs pratiques. Le Groupe Bolloré n’attend pas l’atteinte du seuil de rentabilité d’Autolib’ avant 2018, c'est-à-dire d’ici 7 ans. Il en faudra beaucoup plus pour amortir toutes les dépenses engagées. Cette durée est très éloignée des critères de rentabilité des projets qui prévalent aujourd’hui. L’engagement de la collectivité, d’une part, associé à la capacité d’investissement et de décision du groupe Bolloré, d'autre part, auront permis ce succès, s’il arrive. Pour Bolloré, le fait de ne pas dépendre d’actionnaires financiers a permis au groupe de se lancer dans cette vision à long terme. Mais les collectivités ont également pris leur part de risque en s’engageant aussi dans la durée, et également financièrement en investissant les stations (50 000 € en moyenne par station). Le succès d'Autolib' démontrerait l'intérêt pour des acteurs publics/privés de mener ensemble des projets d'envergure de ce type, des projets rentables économiquement mais supposant un engagement long terme susceptible de modifier durablement des pratiques de consommation.

 

Pour ces raisons, l'expérience innovante d'Autolib' est un vrai pari mais sera riche d'enseignements.

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