Le eCall obligatoire en 2015: une opportunité pour le développement de nouveaux services?

Le 31 octobre 2011

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L’ « eCall » est un système paneuropéen d’appel d’urgence automatisé basé sur le 112, numéro d'urgence unique européen. Ce dispositif d’appel d’urgence sera obligatoire sur toutes les voitures et les véhicules commerciaux légers commercialisés à partir de 2015.

Après plusieurs années de négociation, l'UE a en effet statué sur une obligation d'équipement à partir de 2015 et le principe de gratuité pour les usagers. Le dispositif eCall s’appui sur les technologies de télématique embarquée qui lui permettent de transmettre des données par les réseaux de télécommunication. Avec un premier objectif de réduction de la mortalité sur les routes, cette base technologique devrait autoriser le développement de nouveaux services s’appuyant sur l'exploitation de ces données.

 

 

Le dispositif eCall pour sauver 2500 vies.

Cette initiative de la Commission européenne pour rendre obligatoire l’installation du dispositif eCall dans tous les véhicules neufs vendus dans l’Union Européenne vise à réduire le nombre de morts sur les routes européennes, en jouant principalement sur la rapidité d’intervention des services de secours.

Dès que des capteurs embarqués détectent un accident grave, le dispositif établit une connexion téléphonique avec le centre d’appels des services d’urgence approprié (PSAP - Public Service Answering Point), via une carte SIM installée dans le véhicule, et transmet différentes données concernant l’accident aux services de secours. Ce système peut aussi être déclenché manuellement par une simple pression sur un bouton, par exemple pour signaler un accident grave dont le conducteur est témoin. Le système est basé sur l’emploi du numéro d’urgence unique européen, le 112, qui permettra d’assurer son interopérabilité dans toute l’Union Européenne (ainsi qu’en Croatie, Islande, Norvège et Suisse).

Après le déclenchement de l’appel d’urgence, une communication vocale est établie automatiquement et des données sont remontées par le système aux services de secours : heure de l’accident, localisation, direction dans laquelle se rendait le véhicule (utile pour les interventions sur autoroute ou sous les tunnels), le numéro du châssis, ou encore le nombre de passagers dans le véhicule. Grâce aux données de localisation, le délai d’arrivée des services de secours sur les lieux d’accidents pourrait diminuer de 50% en zone rurale et de 40% en ville. Deuxièmement, l’envoi de certaines données relatives au véhicule en cas de déclenchement du système, en particulier du numéro de châssis, permet aux services de secours de disposer du plan de désincarcération dès la réception de l’alerte pour pouvoir préparer l’intervention. Enfin, l’instantanéité de l’alerte en cas d’accident permet aussi de réduire les embouteillages occasionnés par les accidents.

En rendant obligatoire ce dispositif, la Commission Européenne estime qu’il sera possible de sauver 2 500 vies sur les 39 000 morts annuels (en 2008) sur les routes européennes. Le coût des accidents routiers sur l’économie européenne est évalué à 160 milliards d’euros, la mise en place de ce dispositif permettra de faire baisser ce coût de 26 milliards.

 

Des points législatifs restent à définir d’ici 2015.

Plusieurs modalités de mise en place de ce système restent encore à définir par la Commission. Le dispositif eCall utilise les réseaux de téléphonie mobile pour appeler le centre de réception des appels d’urgence et pour communiquer les différentes données nécessaires. Dans ses recommandations adressées aux Etats-Membres, la Commission demande aux Etats de s’assurer que les opérateurs de téléphonie mobile adaptent leur infrastructure afin que les appels eCall soient transmis efficacement aux services d’urgence, engendrant des investissements substantiels pour les opérateurs. De même, chaque Etat-Membre doit veiller à ce que les opérateurs traitent les appels provenant de ce dispositif de façon prioritaire et gratuite, comme les autres appels au 112. Le financement du service, en particulier des centres de réception des appels d’urgence, n’est pas clairement défini. La Commission recommande que les PSAP (Public Safety Answering Point) soient placés sous la responsabilité d’une autorité publique ou d’une organisation privée reconnue par le gouvernement national.

Certains constructeurs comme Peugeot proposent déjà ce type de dispositif présenté comme une option lors de l'achat du véhicule.

 

En 2015, 100% des voitures neuves seront géolocalisées et connectées

La généralisation de l’eCall sur les véhicules neufs, couplée à la démocratisation des équipements électroniques (logiciels, capteurs, calculateurs…) va offrir des opportunités pour développer une multitude de services. L'obligation de l'eCall va en effet imposer l'équipement de série d'une système de géolocalisation et d'un module de communication. Les constructeurs pourront ainsi développer des services utilisant ces transferts de données : services liés à la sécurité et à la maintenance (localisation du véhicule en cas de vol ou de panne, diagnostic et entretien à distance…), à la mobilité (choix d’itinéraire et information trafic, détection des places de parking libres…), à la communication (envoi et réception de messages vocaux et d’e-mails, visioconférence…) ou encore à la consommation (achat et réservation de services on-line…). Ces systèmes de télématique embarquée permettront aussi aux assureurs de développer les offres « Pay as you drive », ou aux gestionaires de gérer leur flotte de véhicules plus facilement.

Mais l’apparition de ces outils n’est pas sans poser quelques questions. Tout d’abord au niveau du respect de la vie privée, avec la possibilité pour un tiers de suivre les déplacements des véhicules, ainsi que d’avoir accès à la totalité des données qui pourraient remonter par le dispositif (en dehors de l'appel d’urgence en cas d'accident). Une autre question est de savoir qui collectera ces données. En tout état de cause, ces points seront scrutés à la loupe par la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL).

La deuxième interrogation concerne la libre concurrence sur certains marchés. Ainsi, la Fédération Nationale de l’Artisanat Automobile (FNAA) souligne le risque de concurrence déloyale des réseaux constructeurs aux dépens des réparateurs indépendants. Elle craint en particulier que les systèmes "propriétaires" puissent supplanter les dispositifs publics, avec un risque d’atteinte à la concurrence sur le marché du dépannage/remorquage, mais également sur celui de la réparation. Le dispositif eCall permettrait alors aux constructeurs, mais également aux assureurs d’orienter les automobilistes vers leurs réseaux ou partenaires en cas de panne ou de petits accidents, ou de proposer des offres commerciales géolocalisées au regard des informations relatives au véhicule qui remontent vers eux en temps réel.

 

La généralisation du système eCall permettra de diminuer le nombre de tués sur les routes européennes. Mais, en parallèle, le déploiement de la télématique embarquée dans le véhicule géolocalisé et connecté va offrir de nouvelles opportunités de services à valeur ajoutée, en premier lieu aux constructeurs, mais aussi aux assureurs, réparateurs, gestinnaires de flottes…). Si l'Union Européene a posé le principe d'une obligation à partir de 2015 et de l'utilisation en Europe d'un numéro unique gratuit, le 112, il reste encore à préciser les conditions opérationnelles d'application et les règles encadrant l'exploitation de l'ensembles des données par les opérateurs qui pourront y accéder.

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