Le bien-être des seniors, une priorité au Danemark (1ère partie)

Le 26 août 2011

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Senior Danemark
La place des seniors dans la société figure au rang des priorités au Danemark. Ce pays de 5,5 millions d'habitants, dont 16% âgés de + de 65 ans (17% en France), a défini dès les années 1960/70 des modalités de prise en charge par l'Etat des dépenses d'hébergement, de soins et de services. Mais le coût pèse de plus en plus lourd.

"Danemark : le pays où les seniors sont rois"

C'est le titre d'un article paru dans le magazine l'Express en 2003. Le journaliste Axel Gyldén y explique qu'une loi de 1998 a rendu obligatoire la création d'un conseil des seniors dans chacune des 271 municipalités du pays. Les membres de ces conseils sont élus et consultés pour toute question concernant directement ou indirectement les seniors et leur place dans la cité. Les intérêts des retraités danois sont également représentés par la très influente association DanAge créée en 1986, forte de ses 580.000 adhérents (chiffre actuel). Selon un sondage cité par le reporter, les seniors danois seraient parmi les plus heureux au monde.

Association Dan-Age

En 2011, la question du vieillissement de la population et de ses conséquences économiques et sociales préoccupe l'ensemble des pays développés. D'autant que les finances publiques sont partout soumises à rude épreuve, y compris au Danemark. Dans ce contexte, le modèle danois d'intégration des personnes âgées dans la société reste une référence : plusieurs études récentes nous en présentent les principales caractéristiques.

 

Le Danemark, un pays de référence

Le Centre d'Analyse Stratégique (CAS) a publié en juin 2011 un rapport sur "les défis de l'accompagnement du grand âge : perspectives internationales" destiné à "éclairer le débat national sur la dépendance". Le CAS a organisé une journée de travail lors de la parution de ce rapport : voir ici notre précédent article à ce sujet. Le Danemark est l'un des huit pays étudiés dans ce document.

Le 8 décembre 2010 un colloque s'est tenu à la Maison Internationale de Paris, sur le thème "Où vivre vieux en 2030". Lors de ce colloque Jean-Michel Caudron-Callewaert, expert en ingénierie gérontologique est intervenu sur la question de la dépendance et son approche spécifique au Danemark.

Enfin en 2009 la Caisse des Dépôts publiait "technologies de l'autonomie et soutien à domicile : comparaison internationale" et le Danemark faisait là aussi l'objet d'une analyse.

 

Que peut-on retenir de ces différentes publications et interventions ? Nous vous en proposons une lecture synthétique.


Le contexte institutionnel et réglementaire

Comme indiqué en introduction, au Danemark, Etat et collectivités prennent en charge depuis quarante ans l'hébergement et la fourniture de biens et de services aux personnes âgées de plus de 65 ans, que ce soit en établissement ou à domicile. A la différence des pays de l'Europe du sud, au Danemark l'intervention de la famille auprès des aînés est considérée comme complémentaire à l'intervention publique. Le système repose sur l'universalité et la gratuité des services publics, contrepartie d'un niveau d'imposition élevé.

En 1987 le Danemark a fait le choix de ne plus construire de nouvelles maisons de retraite et a engagé une politique de réhabilitation et construction de logements adaptés pour répondre aux besoins des personnes dépendantes. Les communes ont en effet l'obligation de financer les travaux d'adaptation ou de proposer un logement adapté aux personnes dont la situation répond aux critères d'éligibilité.

Toujours en 1987 la loi a supprimé la distinction entre établissement d'hébergement pour personnes âgées (EHPA) et maintien à domicile, en introduisant la notion d'habitat adapté au grand âge.

A partir de 1992 c'est aux municipalités danoises qu'incombe la mission de subvenir aux besoins des personnes âgées : services sociaux, aide à domicile, premier niveau de soins, gestion des établissements y compris de long séjour et gestion de l'habitat des personnes âgées. La principale source de financement est l'impôt sur le revenu, dans un pays où l'Etat-providence est une tradition et où le niveau d'imposition des ménages est l'un des plus élevés parmi les pays de l'OCDE.

Les municipalités sont tenues de visiter deux fois par an les personnes âgées de plus de 75 ans, à titre préventif, pour évaluer leurs besoins et si nécessaire les aider dans leur vie quotidienne. Et dès l'âge de 65 ans, toute personne a droit à quelques heures d'aide ménagère, indépendamment de son niveau de revenu.

En 2007 une réforme territoriale a été adoptée au Danemark, avec la création de 5 régions regroupant les 13 anciens départements. Les principales missions des régions sont les services de santé et le développement régional. D'autre part les 271 communes danoises ont fusionné en 98 autorités locales ayant la capacité de lever l'impôt et dont les attributions principales sont l'école élémentaire, les personnes âgées, la culture, l'environnement et le réseau routier.

Depuis 2009 l'Etat danois assure aux personnes âgées ayant un besoin reconnu de placement en institution, un délai d'attente qui ne peut dépasser deux mois. Cette disposition a conduit les autorités à prendre des mesures qui favorisent la construction de nouveaux EHPA par les communes, le parc actuel n'étant pas suffisant pour répondre à la demande, d'autant que les besoins iront croissant.

DREES - études et résultatsCes évolutions institutionnelles et réglementaires ont confirmé depuis les années 1980 la priorité du maintien à domicile des personnes âgées dans les politiques publiques au Danemark. Aujourd'hui 5% des Danois âgés de plus de 75 ans vivent en maison de retraite, selon les chiffres du CAS, alors qu'ils étaient 16% en 1982. En France, ce sont 10% des plus de 75 ans qui vivent en EHPA (Drees, Etudes et résultats, août 2009).

Toutefois Jean-Michel Caudron-Callewaert note dans son intervention au colloque "Où vivre vieux en 2030", que la tendance est en train de s'inverser au Danemark : en effet les municipalités danoises, étant donné le coût élevé du maintien à domicile des personnes âgées les plus dépendantes, encouragent leurs citoyens âgés à déménager en EHPA tant qu'ils ont la possibilité de trouver un établissement et de faire ce choix par eux-mêmes.

 

>> Voir la 2ème partie de l'article...

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