Le vieillissement des sociétés : un défi pour les politiques publiques (1ère partie)

Le 15 juillet 2011

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Le Centre d'Analyse Stratégique organisait le 29 juin 2011 un colloque sur les politiques mises en place en France et en Allemagne pour faire face au vieillissement de la population. Nous avons choisi de revenir sur quelques-uns des constats et des messages exprimés par les experts allemands et français invités lors de cette journée.

Les deux rapports (1) sur les enjeux du vieillissement publiés par le Centre d'Analyse Stratégique en 2010 et 2011 sont destinés à nourrir le débat national actuellement en cours sur la question de la dépendance.

France - Allemagne : regards croisés

Pour enrichir sa réflexion, le Centre d'Analyse Stratégique a souhaité élargir la perspective en observant les situations démographiques et les politiques d'accompagnement du grand âge mises en oeuvre dans huit pays : le Japon, les Etats-Unis et six pays européens. Lors du colloque qu'il organisait le 29 juin avec la Fondation Konrad Adenauer, le Centre d'Analyse Stratégique a choisi de se focaliser sur l'Allemagne et la France, deux pays dont les systèmes de protection sociale sont assez proches et qui ont pour objectif de financer les dépenses sociales dans un cadre budgétaire fortement contraint.

En 2009 la France comptait environ 63 millions d'habitants et l'Allemagne 82 millions. Les deux pays se différencient par leur taux de natalité : selon Eurostat, en 2009 ce taux s'établissait à 12,7 naissances pour 1.000 habitants en France (un peu plus de 2 enfants par femme) et à 7,9 naissances pour 1.000 habitants en Allemagne (soit 1,3 enfant par femme). Si les tendances actuelles se confirment sur la durée, la population allemande va progressivement diminuer, et la population de la France pourrait dépasser celle de l'Allemagne d'ici une quarantaine d'années.

En Allemagne comme en France, cette évolution a des conséquences multiples :

  • sur les finances publiques,
  • sur le marché du travail,
  • sur la solidarité entre les générations.

Les différents exposés de la journée se sont articulés autour de ces trois thèmes.

Repenser les politiques publiques en fonction des parcours de vie

Professeur de sociologie à l'Université Paris-Descartes, Anne-Marie Guillemard a publié en 2010 "Les défis du vieillissement. Age, emploi, retraite : perspectives internationales" (Armand Collin). Spécialiste reconnue des comparaisons internationales portant sur la protection sociale, les systèmes de retraite et l'emploi, Anne-Marie Guillemard considère que les conséquences du vieillissement sont souvent observées sous le seul prisme des retraites et du financement de la dépendance. Or, nous dit la chercheuse, relever les défis du vieillissement va bien au-delà des questions de vieillesse.

Dans la société industrielle, la vie des individus s'organisait en trois temps bien distincts, selon un cycle de vie standard : un temps de formation, un temps de vie professionnelle et un temps de retraite. Dans la société post-industrielle actuelle, cette organisation en trois temps est bousculée : les temps sociaux s'entremêlent (éducation, travail, inactivité, congés parentaux, formation), les parcours de vie s'individualisent, et cette nouvelle temporalité appelle à reconcevoir notre édifice de protection sociale dans un esprit plus flexible.

Aussi, pour Anne-Marie Guillemard, gérer les populations par l'âge n'est plus adapté : il faut repenser les politiques publiques non plus en termes d'âge mais en fonction des parcours de vie, et sécuriser les transitions nombreuses tout au long des trajectoires de vie.

Ce qui doit nous conduire à réviser le pacte social entre les générations sur lequel reposait le système de retraite conçu au lendemain de la seconde Guerre mondiale. A cette époque, le système mis en place a permis de sortir un bon nombre de personnes âgées de la pauvreté, mais aujourd'hui le risque de pauvreté augmente chez les jeunes générations, et le risque d'inégalités inter-générationnelles et intra-générationnelles s'accroît. Cette situation appelle des réponses en termes de politiques publiques coordonnées au plan de l'emploi et de la retraite, où l'on passera d'une gestion par l'âge à une gestion des parcours.

En la matière, Anne-Marie Guillemard estime que l'Allemagne est plus avancée que la France car elle a développé des politiques de formation tout au long de la vie et elle obtient de meilleurs résultats que la France pour l'emploi de jeunes et des seniors.

Le modèle social français et allemand en question

Président de la Marktwirtschaft Stiftung (Fondation pour l'économie de marché), Michael Eilfort s'intéresse au vieillissement de la société allemande : il y voit une société plus conservatrice, dans laquelle les citoyens plus âgés préférent la stabilité à la nouveauté. Prenant l'exemple du projet de nouvelle gare à Stuttgart, qui suscite une forte opposition au sein de la population, Michael Eilfort estime qu'il est plus difficile d'innover et d'élaborer de nouveaux projets dans une société qui vieillit.

Thusnelda Tivig, professeur d'économie politique à l'Université de Rostock, décrit les conséquences du changement démographique sur une société prospère. En Allemagne le rapport entre le nombre de personnes en activité et le nombre de personnes dépendantes ne cesse de se dégrader, mais dans le même temps les personnes continuent de partir à la retraite dès qu'elles en ont la possibilité. Estimant qu'il est nécessaire d'augmenter le taux d'emploi des seniors, l'économiste envisage la possibilité d'une décote pour les salariés qui anticipent l'âge de départ à la retraite, et d'un bonus pour ceux qui retardent leur départ. Thusnelda Tivig ajoute que les entreprises sont peut-être prêtes à garder plus longtemps leurs salariés âgés mais pas à embaucher des seniors.

Côté français, Lionel Ragot, professeur d'économie à l'Université d'Evry-Val d'Essonne, conseiller scientifique au CEPII, s'interroge sur la durabilité de notre système de protection sociale : d'un côté les "transferts ascendants" versés au bénéfice des aînés pour le financement des retraites et de la santé représentent aujourd'hui 18,5% du PIB et vont continuer à progresser; de l'autre les "transferts descendants", des aînés vers les plus jeunes (héritages, donations) représentent 5,5% du PIB. Le déséquilibre croissant entre ces deux formes de transferts, transferts ascendants (publics) et transferts descendants (privés) risque de mener à ce que Lionel Ragot qualifie de guerre des générations.

Sur un autre plan, Lionel Ragot pose la question des effets du vieillissement sur la croissance. Selon le chercheur français, une société vieillissante pourrait voir sa croissance affectée par la conjugaison de plusieurs facteurs : diminution de sa population active (ce qui est le cas en Allemagne), baisse de la productivité et de l'innovation, et modification du taux d'épargne.

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(1)  Télécharger les rapports du Centre d'Analyse Stratégique :

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