Qualité de l'air : 3 questions à Magali CORRON, Directrice d’Air Breizh

Le 10 juin 2011

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Air Breizh est l’association de surveillance de la qualité de l’air en Bretagne. Magali Corron, directrice, a bien voulu répondre à nos questions afin de mieux comprendre pourquoi la qualité de l’air est un critère de plus en plus important en termes de produits/marchés pour les entreprises.

Que peut-on dire de l’évolution sur la prise en compte de la qualité de l’air comme critère de Santé Publique ?
La qualité de l’air est un critère de santé publique qui est devenue prioritaire depuis quelques années. Cette prise de conscience fait suite à de grandes études européennes (ndlr : programme CAFEprogramme Aphékom) qui ont démontré les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique et ont estimé les coûts sociétaux de cette non-prévention s’élevant à des milliards d’euros pour l’Europe.

En Bretagne, la qualité de l’air est une thématique récente. Trois facteurs ont concouru à cette prise en compte tardive: la grande importance accordée à la protection de l’eau, l'absence de forte industrialisation dans la région et le sentiment des Bretons d’une météo pluvieuse et venteuse, favorable à la dispersion des polluants. Dans un tel contexte, la qualité de l’air ne semblait pas être une préoccupation majeure. Pourtant, les études récentes ont démontré que les impacts sanitaires sont dus à une pollution atmosphérique moyenne: les pics de pollution ont surtout un impact pour les asthmatiques et les personnes malades mais pour la majorité de la population, c’est le fait de respirer quotidiennement un air de qualité moyenne qui entraîne des problèmes de santé. Or, la Bretagne est une région côtière qui subit une arrivée d’ozone et de polluants de la mer. Poussés par les vents d’ouest, les polluants ne se déposent pas au sol et augmentent ainsi le niveau de pollution atmosphérique. De plus, l'agriculture qui est une force économique de la région est émettrice d’oxydes d’azote, d’ammoniac et de particules. Elle contribue donc à augmenter le niveau de pollution atmosphérique. L’association de ces deux phénomènes fait de la Bretagne une région ayant une qualité d’air moyenne.

A la lumière des nouvelles études sur les polluants et de leurs effets sur la santé, il est donc important de prendre en compte la qualité de l’air comme critère de Santé Publique en Bretagne.

Aujourd’hui quels sont les grands chantiers d’amélioration de la qualité de l’air ?
En ce qui concerne l’air extérieur, l’axe fort est le Plan Particules qui vise à réduire de 30% les émissions de particules d’ici à 2015. Des valeurs-limites de qualité de l'air sont fixées par l’Union Européenne et des sanctions pécuniaires (amende forfaitaire et astreinte journalière) sont prévues s’il y a dépassement des seuils

Pour l’air intérieur, un projet de décret relatif à la surveillance de l'air intérieur dans certains établissements recevant du public (ERP) a été soumis à consultation publique jusqu'au 10 Juin 2011. Il rend obligatoire les pre-diagnostics, les prélèvements et les analyses des polluants dans les ERP. Si les valeurs-limites sont dépassés, le propriétaire de l'établissement doit prévoir des mesures correctives. Cette surveillance périodique sera progressivement mis en place à partir du 1er janvier 2015. Il y a un vrai marché qui s’ouvre pour les questions d’air intérieur.

Par ailleurs, l’ADEME a un projet de recherche sur la mesure de la qualité de l’air dans les Bâtiments Basse Consommation. Le principe des BBC est de créer des locaux hermétiques afin de garder l’énergie. Il faut donc assurer une bonne qualité de l'air intérieur malgré le confinement voulu pour ces bâtiments.

Quels sont les conseils à donner aux entreprises pour mieux anticiper les changements à venir ?

Priorité à la qualité de l’air intérieur
Développer des solutions de mesure de l’air
: Après la mise en place de valeurs-limites de pollution pour l’air ambiant, des valeurs-limites vont aussi apparaître pour l’air intérieur. Pour garantir un air de qualité, il faut donc pouvoir le mesurer.
Proposer des produits moins émetteurs de pollution : Au-delà d’un certain seuil, il y aura obligation d’intervenir pour proposer un air plus sain. Il s’agit donc d’un vrai marché pour la construction et la rénovation. Les produits non émetteurs seront favorisés à l’intérieur des locaux (colle, linoléum, peinture, produits d’entretien…).

Penser un projet dans sa globalité
Réfléchir de façon complexe
: Ce qui importe c’est de penser les projets dans leur globalité. Chaque choix a des impacts. Il faut donc anticiper le plus grand nombre d’impacts afin de chercher des solutions qui les diminuent dans l’ensemble. Les BBC ou les bâtiments HQE (Haute Qualité Environnementale) essaient de prendre en compte plusieurs critères. Une réflexion est en cours pour permettre à ces bâtiments de garder un gain énergétique tout en respectant la qualité d’air intérieur. Il faut donc chercher une solution garantissant les critères d’énergie et de santé
Prendre en compte les représentations et pratiques des usagers : L’usager doit faire partie de cette approche globale. Il est important de penser au cadre de vie attendu par l’usager et surtout de l’accompagner vers de nouvelles pratiques. En effet, certaines manières de faire sont contre-indiquées pour favoriser une bonne qualité de l’air. En ce qui concerne le chauffage au bois, par exemple, des efforts sont actuellement faits pour sensibiliser les usagers à un meilleur entretien de celui-ci (filtres à gaz, filtres à particules) au risque de devenir très polluant.

Proposer aux collectivités des produits et services pour impulser le changement
Dans une logique d’exemplarité les collectivités repensent leurs pratiques. Grâce à la vulgarisation, elles sont les intermédiaires privilégiés pour atteindre le grand public. Par exemple, Rennes Métropole n’utilisent plus de pesticides et a mis en place une Charte pour inciter les citoyens à en faire autant.

Sortir du cadre de nos habitudes
Dans plusieurs domaines, les marges d’amélioration deviennent très faibles. Nous arrivons donc à une limite technique, il reste alors à changer notre façon de penser. Les constructeurs de véhicules, par exemple, ont un meilleur rendement et fabriquent des produits de meilleure qualité. Pour continuer à se développer tout en respectant la qualité de l’air ambiant, il faudrait donc remettre en question la large utilisation du véhicule à moteur à explosion et appréhender autrement les modes de déplacement.

Dans plusieurs secteurs d’activités, le fait de proposer une offre globale prenant en compte la qualité de l’air devient de plus en plus un avantage concurrentiel pour l'entreprise.

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