Green IT : les data centers économisent l'énergie pour réduire les coûts plus que les émissions de CO2

Le 18 mai 2011

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Les grands comptes et les hébergeurs s’engagent désormais activement sur des projets de réduction de la consommation d’énergie de leurs centres de données. Si ces projets ont un impact environnemental réel, les DSI (directions des systèmes d'information) se sont surtout laissées convaincre par des perspectives d’économies attrayantes.

Une démarche green IT offre de multiples leviers d’action : réduction des achats de consommables, réduction de la consommation d’énergie, achats de matériels verts, développement de la vidéo-conférence, du télétravail, etc…

Parmi ceux-ci, la réduction de la consommation d’énergie des datacenters est en train de s’imposer comme un objectif privilégié. Ainsi, dans une étude Forrester de 2010, 70% des professionnels interrogés déclaraient vouloir agir dans ce sens.

Une démarche motivée par un jeu de contraintes et d'opportunités

Premier facteur d'explication à ce volontarisme, le modèle classique des data centers, issu de la génération des systèmes centraux, a de plus en plus de mal à répondre techniquement et financièrement aux besoins des entreprises :

  • La consommation d’électricité  des data centers s’envole : selon le cabinet Gartner, elle croit au rythme d’environ 20% par an. Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, les entreprises peuvent donc s'attendre à une dérive de leurs budgets électricité si rien n'est fait pour inverser la tendance. Dans les grands centres, l'impact se chiffre en millions d'euros.
  • Dans le même temps, le besoin des entreprises évolue : les entreprises recherchent des services informatiques toujours plus disponibles (haute disponibilité) et une meilleure flexibilité (agilité) pour absorber les variations d’activité et suivre les évolutions des besoins de l’entreprise, le tout dans un cadre budgétaire optimisé. Ces trois exigences sont de plus en plus difficiles à concilier avec les technologies habituelles.

Or, et c'est le second facteur d'explication, un faisceau de solutions nouvelles apparu ces dernières années permet de repenser le modèle du data center en gagnant sur tous les tableaux :

  • La virtualisation : c’est une forme de mutualisation des serveurs hébergés dans un data center. Elle permet d’augmenter le taux d’utilisation des serveurs, d’allouer de nouvelles capacités à la demande, de réduire la surface des locaux, la consommation d’énergie, la charge d’administration, etc…
  • Le cloud computing : il consiste à externaliser les services informatiques non critiques vers des prestataires spécialisés tout en conservant dans des installations dédiées les opérations cœur de métier de l’entreprise, avec, à la clé, des gains en coûts, en évolutivité, en fiabilité,...
  • De nouveaux modes de conception et de gestion des bâtiments : ainsi, en matière de climatisation, le « free cooling » permet de limiter le recours à la génération de froid en exploitant la fraicheur de l’air extérieur; la technologie des « couloirs thermiques » qui sépare les flux chauds et froids, permet un refroidissement plus efficace et plus ciblé. Ce dernier point est un enjeu majeur dans des installations où les processeurs, principales sources de chaleur, sont toujours plus compacts, plus puissants et plus nombreux.
  • Des outils de mesure de la performance énergétique : l’association Green Grid a lancé en 2007 un indicateur d’efficacité énergétique des datacenters, le PUE (Power Usage effectiveness) qui s’est imposé comme la mesure de référence de l’efficacité énergétique des data centers. Cet indicateur fait le rapport entre la consommation totale du datacenter et celle de ses équipements informatiques. Il permet de comparer les performances et de fixer des objectifs : un datacenter moyen se situe à +/- 2, les meilleurs datacenters actuels sont à 1,5 à 1,7, Google vise 1,2, Business & Décision Eolas, prestataire de services en ligne, se fixe un objectif de 1,35 pour son nouveau datacenter grenoblois ouvert en avril 2011.

Ces solutions, combinées à d’autres, permettent des gains importants :

  • Gartner avance que la densité moyenne des data centers est de 60% mais qu’une densité moyenne de 85 à 90 % est un objectif accessible. En 2018, le besoin d’espace, après recentrage sur les services stratégiques, pourrait ne représenter que 40% de l’espace actuel.
  • Un serveur sans activité consomme 50 à 70% de l’énergie consommée à pleine charge. La virtualisation, qui permet de faire la chasse aux serveurs sous-utilisés, est un levier très puissant d'économie d'énergie.
  • Une démarche Green IT peut diviser par 2,5 la consommation d’énergie d’un data center.

Des motivations économiques qui ne doivent pas occulter l’importance des objectifs environnementaux de l’entreprise et la motivation des équipes

La vraie motivation est bien ici de réduire la facture énergétique et les coûts de fonctionnement tout en améliorant la qualité de service. Dans une culture de retour sur investissement et dans une conjoncture économique incertaine, ce n'est pas vraiment surprenant.

Ce mouvement de verdissement des centres de données ne s’impose d’ailleurs réellement que depuis que les contraintes sont devenues évidentes et que les solutions proposées par le marché sont techniquement et économiquement crédibles. Par comparaison, la problématique des déchets informatiques ne suscite pas le même engouement car elle souffre d'un manque de visibilité sur le retour réel pour l'entreprise.

De manière plus globale, la réduction de l’impact environnemental des activités informatiques est une notion désormais acceptée par la grande majorité des DSI. Ainsi, selon une étude européenne Devoteam de 2010 :

  • pour 67% des professionnels, le green IT (ou « informatique verte ») constitue un enjeu important pour le développement durable
  • pour 51%, c’est une source d’économies d’énergie.
  • pour 32 %, le green IT est important pour obtenir une meilleure image auprès des clients

Cette prise de conscience s’est faite progressivement : selon Forrester, 60% des professionnels interrogés en 2010 déclaraient prendre en compte des critères environnementaux  dans leurs investissements contre seulement 25% en 2007.

Précisons que les politiques environnementales mises en œuvre dans les entreprises (grands comptes privés et publics essentiellement) ont eu un rôle déterminant dans l'évolution des mentalités. Ces politiques permettent d’orienter la réflexion, de donner de la légitimé aux démarches green IT (en interne mais aussi vis-à-vis des fabricants et prestataires), de faire avancer les projets d’investissement puis d’en exploiter pleinement les retombées, au-delà du seul retour financier : engagement sociétal de l’entreprise, communication externe et interne, motivation des équipes, etc…

Sur ce dernier point, la responsabilisation des équipes peut être un facteur de facilitation: selon l’enquête Devoteam,  confier à la DSI la maîtrise du poste énergie lié aux systèmes d'information permet de déclencher 35% d’initiatives supplémentaires pour en réduire la facture…

 

Pour en savoir plus :

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