Les technologies à destination des seniors : un secteur trop « jeune » pour décoller ?

22/02/2011

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Viadeo Partager sur LinkedIn

Bien qu’il y ait une prise de conscience globale des problématiques futures liées au vieillissement démographique, le secteur des technologies à destination des seniors peine à décoller.

Estimé à 2,7 milliards d'€ en 2010 et 25 milliards d'€ en 2020, ce secteur serait porteur de 80 000 à 150 000 emplois en France d’ici à 5 ans. Toutefois, sans initiatives publiques et sans acteurs réellement identifiés, nous pourrions passer à côté de cette formidable opportunité.

Plusieurs catégories de seniors peuvent être identifiées : les Baby Boomers (50-65ans), les Jeunes Seniors (65/70ans), les Seniors (70-80ans) et les Grands Seniors (80ans et plus). Des groupes distincts mais une multitude d’attentes et de technologies répondant à leurs besoins : téléassistance, télémédecine, domotique…

Contrairement à certains pays tels que la Grande-Bretagne, le Canada voire même les Etats-Unis, la France n’a pas lancé pour l’instant de grandes campagnes de sensibilisation et d’investissements soutenant cette filière. Une image négative est trop souvent véhiculée, associée à la vieillesse, la maladie, la pauvreté ou la dépendance. En l’absence de structure politique affirmée, ces sujets restent transversaux et difficiles d’accès.

De plus, la spécificité du tissu économique français (peu de grands groupes et une multitude de petites PME-TPE) freine la maîtrise du marché et avantage les PME étrangères, disposant de tailles suffisantes pour investir sans attendre à court terme des retours sur investissements. L’incitation au regroupement ou à la fédération de TPE peut être une solution pour mieux affronter cette concurrence.

Au niveau des grands groupes, les retours réalisés sont inférieurs à leurs objectifs financiers à court terme. Bien que conscients du potentiel, à l’heure actuelle, ce marché n’est pas l’une de leur priorité.

En outre, l’absence de « label » officiel freine la lisibilité du marché. Or, l’utilisateur senior a besoin d’être rassuré par des informations « neutres » et facilement compréhensibles. N’ayant parfois jamais utilisé ces technologies, il ne dispose pas de connaissances techniques sur le produit. L’approche doit donc se positionner sur l’usage et non sur la technique, en prenant en compte la nécessaire rentabilité à court terme de l’offre et la compatibilité avec les moyens financiers des utilisateurs. Les perspectives de croissance doivent être en accord avec la réalité actuelle d’un marché en développement.

Le financement de ces solutions est aussi un enjeu majeur. Dans un contexte de réductions des budgets sociaux, s’il y a prise en charge, celle-ci ne pourra se faire qu’à condition de retours sur investissement conséquents pour la société. Dans l’autre cas (et le plus probable), le non-remboursement des technologies imposera aux fabricants une réflexion commerciale adoptant un coût acceptable, vis-à-vis des familles qui prendront de plus en plus en charge le financement de leurs aînés.

Les organismes de prévoyance et d’assurance investiront certainement ce secteur, à condition là aussi que ces technologies réduisent suffisamment les dépenses de soins de leurs assurés.

Ainsi, suivant la volonté publique, le temps d’acceptation sera plus ou moins long, 5 à 10 ans, voire 15 ans si rien n’est mis en place. Cela s’explique par l’âge des destinataires mais aussi par le fait qu’ils n’ont pratiquement jamais utilisé ces technologies auparavant.

Néanmoins, les nouvelles générations arrivant à la retraite sont moins craintives et davantage demandeuses de technologies pour « mieux vivre », leur assurant des bénéfices forts (santé, sécurité, bien-être) et non stigmatisants.

Toutefois, toucher cette cible sans la stigmatiser n’est pas aisé. Il n’existe pour le moment aucun réseau de distribution spécifique aux seniors. Hormis dans le domaine médical, les distributeurs restent réticents à commercialiser ces technologies car leur image demeure trop anxiogène et le retour financier se fait principalement sur du plus ou moins long terme. La formation des vendeurs n’est pas non plus en adéquation avec les besoins spécifiques de cette cible. Toutefois, des initiatives prometteuses sont menées dans les pharmacies, grandes surfaces spécialisées (Boulanger, Fnac…), chez les opticiens, et certains opérateurs télécoms (SFR, Orange).

Avec une approche très « sociale », les acteurs associatifs en relation avec les seniors ne participent que très peu au développement de ces technologies. Une partie des professionnels craignent même des problèmes d’éthique voire une menace pour leur emploi et leur qualité de travail. Pour ne pas limiter l’aide apportée aux bénéficiaires, l’objectif est donc de faire prendre conscience aux utilisateurs professionnels de l’intérêt de ces solutions, tout à fait compatibles avec le caractère « social » de leur activité. Les maisons de retraite devraient d’ailleurs devenir progressivement clientes des solutions technologiques qui auront montré financièrement leur intérêt.

Une chose est sûre, le vieillissement démographique est inéluctable. Logiquement, les besoins dans le domaine de la gérontechnologie vont s’accroître. Néanmoins, il ne faut pas pour autant surestimer le marché. L’erreur à ne pas commettre est de se baser uniquement sur des données démographiques et non sur les usages et les besoins réels des seniors.

Cet article a été rédigé à partir de la lettre d'analyse écrite par Frédéric Serrière et éditée par AgeVIPnetwork, lettre téléchargeable ci-dessous.

A lire également

Des outils numériques au service de la relation pharmacien-patient

Le 06/08/2014

A la fois professionnel de santé et commerçant, le pharmacien d'officine est souvent le point d'entrée dans le parcours de soins. Son rôle de conseil a été renforcé par les récentes évolutions réglementaires. Dossier pharmaceutique, applications pour smartphones... : de nouvelles solutions servent de support à la relation pharmacien - patient.

La m-santé à la recherche d'un modèle économique

Le 14/05/2014

Les applications et dispositifs de M-santé se multiplient de façon exponentielle, notamment avec l'essor des objets connectés. Pourtant peu de services ont trouvé un modèle économique viable. Des récentes études du BCG et des exemples de services M-Santé déployés permettent d'esquisser des recommandations sur les business models à tester.

Contrat de Filière Silver Eco

Contrat de filière Silver Economie : analyse et recensement des actions engagées

Le 20/03/2014

Le Contrat de filière de la Silver Économie a été signé le jeudi 12 décembre dernier en présence d’acteurs privés et publics du secteur par Arnaud MONTEBOURG, Michèle DELAUNAY et Gilles SCHNEPP, président de la FIEEC et PDG de LEGRAND. 3 mois après son lancement, les premières actions sont lancées parmi les 60 propositions de ce contrat.