Energies alternatives : le CEA recherche des compétences dans les PME

Le 11 janvier 2011

Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Viadeo Partager sur LinkedIn
Longtemps considéré comme un outil pour la sécurité nationale, le Centre d'Énergie Atomique a entamé sa révolution pour se tourner vers les énergies alternatives et s'ouvre à des partenariats avec des entreprises privées. Le point avec Philippe Foucher, responsable des affaires industrielles et régionales du CEA Le Ripault (Indre et Loire).

Monsieur Foucher, pouvez-vous nous dire ce qu’est le CEA aujourd’hui, et les thématiques sur lesquelles vous travaillez ?

Le Commissariat à l’Energie Atomique et aux énergies alternatives (CEA) est un organisme public de recherche qui intervient dans quatre grands domaines : les énergies décarbonées, la défense et la sécurité globale, les technologies pour l’information et les technologies pour la santé. Fort de ses 16000 chercheurs et collaborateurs, le CEA participe à la mise en place de projets de collaboration avec de nombreux partenaires académiques et industriels.

Le CEA est implanté sur 10 centres répartis dans toute la France. Sur le CEA le Ripault, près de Tours,  600 salariés travaillent sur la conception de matériaux innovants dans le cadre de la  force de dissuasion nationale.

Ce savoir-faire se répartit sur une dizaine de laboratoires dont les métiers sont notamment : la chimie, les polymères, les composites, les céramiques, leur caractérisation, leur mise en forme et les procédés associés tels que le rotomoulage, la projection plasma, les dépôts par condensation de vapeur… Et nous valorisons l’expérience acquise sur les énergies alternatives à travers notamment :

  • La gestion de l’électricité et de son intermittence par du stockage et des systèmes électriques intelligents. Deux modes de stockage de l’électricité sont alors étudiés :

- Le stockage électrochimique,

- Le stockage chimique sous forme notamment d’hydrogène.

  • L’utilisation de l’électricité dans deux applications traditionnellement fortement émettrices de gaz à effet de serre :

- Le bâtiment, en faisant porter les efforts sur la conception, l’intégration de l’énergie solaire, thermique et photovoltaïque, et sur une gestion optimisée de l’énergie.

- Les transports avec le développement de batteries et de piles à combustible pour les véhicules électriques et hybrides

Comment s'organise la R&D et le transfert de technologies sur les énergies alternatives ?

Cette activité, initiée en 1998 sur le site du CEA Le Ripault, est portée aujourd’hui par 50 salariés et plus d'une trentaine de jeunes tout au long de leur cursus de formation. 12 ans plus tard, cette recherche est aux portes de la pré-industrialisation et nécessite de travailler avec les industriels sur l’adaptation des procédés  de fabrication de ces matériaux aux exigences des marchés auxquels ils peuvent potentiellement être adressés.

En 2006, s’est donc imposée  la nécessité d’organiser ce transfert de technologie sur une plateforme d’échanges technologiques. La plateforme AlHyance est née de la volonté du CEA, des Universités de Tours et d’Orléans et des collectivités territoriales dont la Région Centre et le Conseil général d’Indre et Loire. Elle est composée, à ce jour, de deux ateliers, l’un financé par le CEA, l’autre par le Conseil Général d’Indre et Loire, dans lesquels nous travaillons avec des industriels à l’adaptation des procédés de fabrication de matériaux.

Cette plateforme, liée de par sa thématique sur l’énergie, au pôle de compétitivité S2E2 smart electricity cluster, a pour vocation de faciliter l’accès des PME aux résultats de la recherche et aux équipements utiles à la réalisation de matériaux et produits.

Ces recherches, subventionnées par l’Etat et l’Europe, par le biais des agences, mais aussi de la Région, ont permis de créer un réseau de compétences entre les différents acteurs de la recherche régionale, mais également nationale, et de tisser les liens avec des PME.

 

L’expertise, que vous avez développée au fil des années sur ces sujets, trouve de nombreuses applications intéressant les activités civiles, profitant à de grands industriels. Qu’en est-il des PME ?

Le CEA est un acteur majeur de l’espace européen de la recherche et exerce une présence croissante à l’international. Avec 416 brevets déposés en 2009, le CEA est classé premier organisme de recherche public et cinquième déposant au classement général de ce palmarès. Il est à l’origine, sur la base du savoir faire du CEA, de la création de 120 start-up dont 57 depuis 2000. 14 d’entre elles, ont été primées au concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes dans la catégorie «  création –développement » ces  quatre dernières années.

Une entreprise qui souhaite s’insérer dans un processus d’innovation doit prendre la mesure de la nécessité du lien avec la recherche, comme de son côté, le chercheur doit, dans le cas de la conception d’un produit, voire d’un service, s’attacher très vite à définir les applications et le cahier des charges associé.

Je crois, tout d’abord, qu’il faut revenir sur la chaîne de valeur, que nous pouvons également rapprocher d’un terme plus proche de l’industrie : «  filière ».

Mettre un produit innovant sur le marché dans le monde compétitif qui est le nôtre, nécessite en amont, un réseau composé :

  • de chercheurs très au fait du besoin du marché,
  • d’industriels fabricants de produits ou éléments de systèmes,
  • de  distributeurs ou de porteurs d’une stratégie de pénétration du marché.

Les plateformes apportent les outils de rapprochement entre chercheurs et ingénieurs, en termes de compétences et d’investissements.

 

Quels sont les intérêts pour chacune des parties ?

Les plus pour les industriels et particulièrement pour les PME :

  • Intégration, à cout réduit, très en amont dans des programmes de recherche.
  • Possibilité d’utiliser des investissements spécifiques qui peuvent être partagés pour la recherche de nouveaux procédés et pour l’adaptation à la pré-industrialisation de procédés matures.
  • Disposer d'un réservoir d’innovations sans trop investir.

Les plus pour les laboratoires :

  • Valoriser leur recherche en s’appuyant sur des potentialités de marchés,
  • Se donner une image internationale en dehors de leur communauté scientifique.

Cette synergie permet également aux jeunes chercheurs de se faire connaître des entreprises en accompagnant le transfert de technologie du laboratoire vers l’industrie.

Sur une plate-forme, l’aide d’un cabinet ou d’un centre de ressources comme Creativ est vitale pour accompagner le laboratoire et l’industriel dans le  benchmark, le marketing ; positionnement de marché, volume d'affaires accessible, état d’avancement de la concurrence…

Le CEA dispose, à ce titre, d’un  Bureau d’Etudes et de Marketing.

Vous recherchez donc également des partenariats avec des PME ? Concrètement, comment cela peut-il se passer ?

Le partage de connaissances se fait avec les PME à partir de besoins que nous exprimons dans les  pôles de compétitivité partenaires, les réseaux consulaires, au sein des Réseaux de Développement Technologique (Réseau Breton de l'Innovation en bretagne), des Centres de Recherche Technologique ou encore par des organismes comme Creativ. Nous avons, par exemple, un partenariat fort avec l’Agence Régionale d’Innovation et de Transferts de Technologie, ARITT, en Région Centre.

Lorsque nos partenaires ont recensé des PME qui souhaitent se positionner sur l’innovation et dont le savoir faire « métier » s’inscrit dans les compétences attendues pour industrialiser des matériaux ou des systèmes fruits de la recherche du CEA, nous présentons le contexte et les enjeux de nos travaux et la place que ces industriels pourraient prendre dans la chaîne de valeur en devenir.

 

Vous êtes une PME et vous avez des compétences dans le domaine des énergies alternatives, n'hésitez pas à prendre contact avec le CEA.

Contacts :

CEA / Le Ripault BP 16 - 37260 Monts
Tél.: 02.47.34.40.00

Emilie Aubry, Creativ, EAUBRY@ceei-creativ.asso.fr

tel : 02 99 23 79 00

A lire également

Logistique, transport, supply chain : la blockchain va changer votre métier !

Le 28/11/2016

La 1ère Conférence Nationale Blockchain et Supply Chain a eu lieu le 23 novembre : point de vue sur la manière dont cette nouvelle technologie va bouleverser en profondeur la performance et les métiers de la logistique, du transport et de la supply chain.

Laurent Vigouroux

DDMRP : quand la supply chain crée de la valeur pour l’entreprise

Le 15/04/2016

Pour tout savoir sur le Demand Driven Material Requirements Planning, BSC a interviewé Laurent Vigouroux, consultant indépendant et expert en DDMRP.

Le transport de marchandises « s’uberise », le marché se déstabilise

Le 18/02/2016

Quand le collaboratif devient marchand, c’est l’uberisation. Et cette vague de transformation numérique (BlablaCar, Air B&B, etc.) atteint aussi le secteur du transport de marchandises : comment ? Pourquoi ? Que faire ?