Quelles évolutions des compétences de la filière automobile?

07/01/2011

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Quelles sont les conséquences prévisibles de la croissance attendue de l'électromobilité sur l'évolution des compétences recherchées par les entreprises de la filière automobile?


 
Des perspectives d’emploi négatives en France dans la filière automobile à horizon 2020

Les  constructeurs français mènent des efforts importants d’offre et d’innovation en vue d’une pénétration accrue des « classes vertes » (classes A à C). Pour autant, selon le Groupe Alpha , « le succès compétitif de ces efforts et sa pérennité n’est pas acquis ». En effet, alors que l’évolution de l’activité et des emplois est très dépendante des marchés automobiles de 5 pays européens : la France,  l’Espagne, l’Italie, le Royaume Uni et l’Allemagne, ceux-ci sont désormais structurellement des marchés de renouvellement.  Or, la portée et l’efficacité des mesures publiques prises en France depuis 2008 (bonus-malus et prime à la casse) qui contribuent à redresser les ventes d’automobiles, vont s’atténuer, le renouvellement du parc ne pouvant être indéfiniment accéléré. Les marchés en croissance se situent dans les nouveaux pays membres, ainsi que dans les pays du pourtour méditerranéen et dans les pays émergents plus lointains, en raison d’un effet de rattrapage des taux d’équipements. On arrive alors à un paradoxe : alors que les constructeurs français sont plutôt à l’avant-garde dans la réduction des émissions de CO2 par km parcouru, les marques françaises perdent des parts de marché aux niveaux français et européen sur les classes vertes. Pour vendre des véhicules avec des moteurs issus de l'industrie nationale, il faudra aussi que le prix de ces véhicules plus écologiques soit compatible avec le pouvoir d'achat, ce qui favorisera l’assemblage final dans des implantations situées à l’étranger. Pour le cabinet, « aussi longtemps que le rattrapage de leur taux d’équipement en automobiles et de leurs niveaux de salaires n’est pas achevé […] les nouveaux Etats membres constitueront une zone de production attractive. »

 

Hypothèses retenues par le Groupe Alpha

 

 

Impact sur la production et l'emploi

 

Débouchés principaux des constructeurs implantés en France entre 2008 (pic avant crise) et 2020:

  • progression très faible du marché français
  • progression de l'ordre de 10% pour les immatriculations sur les 7 principaux marchés d'exportation de la france pris globalement

La strucure du marché français et européen sera marquée par une double évolution:

  • montée, au sein de la filière thermique, de la part des véhicules de classe A+;
  • pénétration encore minoritaire, de la motorisation hybride (10% des immatriculations en 2020)
  • pénétration encore marginale des moteurs électriques (5% en 2020)

Evolutions en parts de marché:

  • stabilité des parts de marché des constructeurs installés en France sur les marchés français et extérieur de la filière thermique.
  • part de marché sur les immatriculations alternatives de 75% sur le marché domestique (plan véhicules décarbonés)
  • part de marché sur les immatriculations des motorisations alternatives des marchés extérieurs, identique à la part moyenne pour la filière thermique (8.3% en 2020)

Contenu en emploi:

  • les véhicules à motorisation alternative solliciteront, au moins au départ, un contenu en emploi plus élevé. Le contenu en emploi direct d'un véhicule ou d'un moteur alternatif sera au cours de la décennie qui vient supérieur de l'ordre d'un tiers à celui d'un véhicule ou d'un moteur classique.

Sur la production:

  • La production française de véhicules particuliers s'accroîterait faiblement entre 2008 et 2020
  • engagement d'une substitution significative aux véhicules thermiques de véhicules à motorisation alternative de l'ordre de 20% de la production totale de véhicules en 2020. On peut attendre la production de 400 000 véhicules à motorisation alternative en 2020 et 600 000 moteurs

Sur l'emploi:

  • l'emploi de la filière thermique souffrira à la fois du déclin de cette filière et du retour  à un niveau de productivité tendantielle après le choc de la crise. L'emploi permanent baisserait entre 60 000 et 47 000 personnes;
  • création d'environ 30 000 emplois directs dans la filière alternative.

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A court terme les besoins de compétences restent sur la motorisation thermique

Pour le cabinet Groupe Alpha « la remise en cause de la domination séculaire de la motorisation thermique […] reste pour l’instant au stade des bonnes intentions ». Après un siècle de recherches d’amélioration continues, le moteur thermique automobile n’est pas encore substituable dans tous les cycles d’usage du véhicule. La performance environnementale des véhicules thermiques conserve encore un fort potentiel de progression via deux axes : les carburants alternatifs et l’optimisation de la combustion synonyme de réduction de consommation. Cette phase transitoire se caractérise donc par une situation où les industriels sont poussés à investir dans des compétences indispensables à l’optimisation des gains sur les moteurs actuels, alors même que la rapidité du changement de la structure du marché en faveur des motorisations alternatives les rendent de plus en plus risqués.
L’absence de visibilité sur la vitesse de l’introduction en masse des motorisations alternatives oblige à distinguer deux niveaux de temporalité, le court terme (2 ans) et le moyen terme (5 à 10 ans). En termes de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, les problématiques ne se posent pas dans les mêmes termes. Dans le premier cas, il s’agira de gérer au mieux une période qui associera crise, départs en retraite et restructurations nécessaires au rétablissement des marges, d’où une nécessité d’accompagner les mobilités professionnelles. Dans le second cas, il s’agit d’anticiper les besoins en compétence et en formation nécessaires au positionnement compétitif de la filière sur les produits d’avenir (véhicules à motorisations alternatives, mais aussi moteurs thermiques à haute performance).


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Une évolution des compétences nécessaire

Les évolutions de la filière thermique actuelle tout comme le développement de filières hybrides/électriques, ne devraient pas générer beaucoup de métiers réellement nouveaux.

La prise en compte des problématiques environnementales dans l’automobile aura des impacts à des degrés divers (amont et aval de la filière).


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Peu d’évolutions dans les métiers amont de la filière (conception et production)

Si l’effectif total de conception ne devrait pas évoluer sensiblement dans les prochaines années, un renforcement des compétences devrait s’opérer en matière d’éco-conception. Si les constructeurs peuvent se targuer d’un taux de recyclage à plus de 90 % de chaque matériau utilisé, la conception de l’ensemble du véhicule n’est, pour l’heure, pas pensée pour une déconstruction optimisée (exemple : le pare brise collé sur la carrosserie ne favorise pas le recyclage du verre). Les besoins concernent tous les niveaux. Les ingénieurs, mais aussi les niveaux V (BEP/CAP), IV(bac pro) et III (techniciens) que l’on retrouve beaucoup dans les métiers de préparation et de réalisation des prototypes.
•    S’agissant de l’activité d’assemblage des véhicules électriques, le rapport du Comité de filière  du Grenelle de l’environnement indique qu’il n’y aura que peu d’impacts sur les compétences nécessaires. « Cette activité est déjà en constante évolution et une adaptation des lignes de production sera suffisante. Ce sont les mêmes personnels qui pourront travailler demain sur ces lignes d’assemblage. En fait, le process d’assemblage est déjà fortement automatisé et le cœur de métier restera la conduite/pilotage de systèmes automatisés. »
•    L’augmentation constante des fonctionnalités d’un véhicule, accroît la nécessité des convergences entre les domaines de l’électronique et de la mécanique, que l’on désigne sous le terme de  « mécatronique ». L’étude du Groupe Alpha souligne cependant que l’avènement de la mécatronique ne donne pas naissance à des métiers de «mécatroniciens» en tant que tel. Le développement des systèmes au cœur du véhicule nécessite toujours des compétences pointues dans les disciplines traditionnelles (électronique, mécanique, automatique…), mais ces métiers sont amenés à « se parler » de plus en plus entre eux. Le développement des véhicules électriques exacerbera ces besoins puisque l’ensemble de ces éléments visant à  « faire système » (mécatronique, électronique de puissance, gestion des systèmes complexes) devront être renforcés car ils constituent la base même de la conception du véhicule électrique.


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Une adaptation nécessaire dans les métiers de l’aval (services et recyclage)

Pour le cabinet Syndex , bon nombre de métiers de l’aval de la filière (réparation, entretien, usage et recyclage) sont amenés à connaître des évolutions significatives, à la fois pour répondre aux besoins découlant de l’évolution technologique du produit (hybride, électrique), mais aussi aux changements du mode de mobilité (usage plutôt que possession).
•    Certains métiers seront peu touchés par les évolutions technologiques du produit. C’est les cas des métiers de la vente, de la location ou les auto-écoles.
•    Les métiers autour de la technique automobile devront évoluer pour intégrer les compétences liées à la croissance de l’électrique et de l’électronique dans le parc, tels que la maintenance et la réparation des véhicules, qu’ils soient dans les réseaux indépendants ou les réseaux de constructeurs. Plus largement, l’électrification attendue du parc de véhicules hybrides et électriques et la multiplication de composants électroniques du véhicule, impliquent un basculement du volume de formation dédié à la mécanique pure vers l’électricité et l’électronique, voire l’informatique adaptée aux fonctions de diagnostic.
•    La chaîne logistique des réseaux de pièces détachées électriques devra progressivement s’intégrer dans les réseaux « après-vente » de l’automobile.
•    Le verdissement des motorisations aura également un impact sur les compétences dans les domaines de contrôle technique des performances environnementales ou encore de gestion de parcs automobiles et d’infrastructures de recharge.
•    L’application en France de la directive européenne du 18 septembre 2000 sur les véhicules hors d’usage (VHU) implique une dépollution systématique des véhicules avant leur élimination. Les réseaux en place devront intégrer de nouvelles compétences de traitement des VHU, particulièrement en ce qui concerne les matériaux problématiques : textile, mousse ou verre. L’enjeu est double : acquisition de compétences techniques, et dispersion d’un réseau de points de déconstruction répartis sur tout le territoire.

Pour le Syndex, la priorité en matière d’évolution de l’offre de formation porte sur les métiers de l’électricité appliquée à l’automobile, la mécatronique et la déconstruction/recyclage du véhicule.

 

tableau des évolutions des compétences par métiers


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Auteur AdminTv

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