Véhicules électriques et hybrides : impacts sur les métiers de la maintenance

23/11/2010

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Une menace ou une opportunité pour l'emploi ?

Le cabinet Sia Conseil a récemment jeté un pavé dans la mare en publiant une étude qui estime que l'avènement du véhicule « propre » pourrait engendrer une perte de 13 000 à 23 000 postes pour la réparation automobile en France à l'horizon 2020. Les conclusions du cabinet se basent sur trois arguments :

  • Une plus grande simplicité des véhicules:

La motorisation beaucoup moins complexe des véhicules électriques par rapport aux véhicules thermiques, devrait diviser par deux les besoins de maintenance. Plus largement avec l'électrique, c'est toute la chaîne de traction qui se simplifie, une usure qui se réduit et le nombre de pièces qui diminue (disparition de l'embrayage, des boîtes de vitesse ou encore de la courroie de transmission). Au final, le cabinet estime que « 1 million de véhicules électriques en circulation détruira 1 000 emplois dans le secteur de la maintenance automobile. »

 

  • Des véhicules de plus en plus fiables grâce aux progrès technologiques:

Le cabinet pointe un effet pervers des progrès de l'électronique : les véhicules deviennent de plus en plus fiables et les temps de diagnostics se réduisent. Les délais entre deux opérations de maintenance devraient s'allonger de 5 à 7 % au cours des dix prochaines années et le temps de main d'œuvre diminuer de 5 à 10 %.

 

  • La modification des usages:

Les automobilistes devraient à l'avenir utiliser de moins en moins leur véhicule. Le Sia Conseil table sur une baisse de 3 à 4 % d'ici 2020 du nombre de kilomètres parcourus par les particuliers. Par ailleurs, 40 000 à 80 000 véhicules devraient être disponibles en autopartage en France à cet horizon. Or, une voiture partagée remplace 6 à 7  voitures.

A contrario de ces projections pessimistes, les professionnels de la réparation automobile préfèrent voir dans cette mutation profonde, une véritable opportunité à saisir. C'est en tout cas ce qui ressort du salon Automechanika, grand messe de l'après-vente européenne, qui s'est déroulé une semaine avant le mondial de l'automobile. Leur position est clairement à l'offensive, certains ayant déjà exposé des gammes d'outils dédiés, ou présenté des plans de formation. Le mot d'ordre des équipementiers et des professionnels est explicitement affiché : « ne pas laisser les réseaux  constructeurs prendre une longueur d'avance. » Ces derniers envisagent d'ores et déjà de proposer la location de véhicules électriques pour des tarifs pouvant inclure la maintenance.

 

Une journée et demie pour être formé

Si la formation des professionnels est essentielle pour faire évoluer les compétences, elle ne requiert pas un investissement temps trop important. Les technologies hybrides et électriques n'entraînent pas de bouleversements majeurs, les fonctions restant globalement les mêmes, mais avec un voltage plus élevé. Dès lors, il suffit de détenir une habilitation spécifique que l'on obtient après une journée et demie de formation dans un centre agréé, qui ne se destine pas aux électriciens mais bien aux mécaniciens ! La formation est centrée sur la présentation de la norme C18 550 qui stipule l'ensemble des règles pour intervenir sur les véhicules électriques. Une commission spécifique automobile, à l'échelle de la France, a été mise en place pour fixer, voire adapter les règles, car cette norme découle de celle déjà initiée dans le bâtiment. Durant le stage, le professionnel sera également formé aux règles de sécurité car un véhicule à fort voltage présente un risque en cas de choc. En conséquence, les carrossiers seront également concernés par cette évolution et devront, eux aussi, obtenir l'habilitation s'ils souhaitent intervenir sur les véhicules électriques à fort voltage.

Dans cette guerre qui s'annonce pour le leadership d'un marché en émergence, les outils de formation à distance deviennent de véritables armes pour l'essaimage des savoir-faire. Conséquence, les équipementiers mettent au point des modules de formation innovants. C'est le cas de Delphi qui a conçu les modules « webinars », avec un cursus dédié aux moteurs hybrides et véhicules électriques, permettant de former un garagiste à distance via internet. Bosch n'est pas en reste et développe un système permettant la prise en main à distance des outils afin d'épauler le réparateur dans son diagnostic.

Globalement, outillage, formation et procédure sont d'ores et déjà disponibles. Le véritable enjeu se situe davantage dans la capacité à convaincre les professionnels de la réparation de l'importance de suivre cette évolution.

Auteur AdminTv

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