L'éloignement de l'offre des constructeurs du pouvoir d'achat des ménages Français

16/04/2010

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L'analyse de données statistiques françaises concernant l'évolution du parc automobile et les dépenses des ménages donne une lecture de la nature de la crise de la filière automobile et des manières d'en sortir. De ces constats statistiques Bernard Jullien, directeur du GERPISA, a livré lors de la journée technique du 26 mars organisée par le PREDIT et Id4car une analyse de ce qu'il nomme une crise structurelle de la valeur automobile.


L'analyse du parc : Les constructeurs captent une part décroissante du pouvoir d'achat des ménages

Avec 17 % de ménages non motorisés en France le taux de motorisation stagne depuis quelques années, mais l'élément le plus remarquable est le taux d'achat de véhicules neufs : les achats de véhicules neufs représentaient 55% en 1980 des achats totaux de véhicules et ne représentaient plus que 38% en 2008. Cette baisse s'est faite au profit du marché des véhicules d'occasion qui a progressé d'autant. Résultats: le parc automobile vieillit (5,9 ans en 1985 contre 8,1 ans en 2008) et les constructeurs ont vu au fil de ces années se réduire leur espace de vente.

 

L'analyse des dépenses des ménages : L'automobile, un coût croissant pour les ménages et la concurrence d'autres dépenses

La lecture des dépenses de motorisation indique une nette augmentation des dépenses d'utilisation (carburant et entretien essentiellement). L'étude récente du CREDOC donne un éclairage des comportements des ménages par l'analyse des dépenses contraintes : celles-ci sont passées en moyenne de 20% en 1960 à 36% en 2006. Responsables principaux : les dépenses liées au logement et celles liées aux télécommunications et à la télévision. En 2008, les dépenses des ménages en achat de télécommunication ont dépassées celles d'achat de véhicules neufs.

De fait, la part relative des dépenses des ménages dans les dépenses de motorisation diminue d'année en année. Le marché de l'occasion a ainsi bénéficié des arbitrages que les ménages ont dû réaliser dans leur budget.

 

L'inégalité devant l'automobile : Les catégories à plus bas revenus les plus touchées par la hausse du coût d'utilisation

Ce phénomène de report vers les véhicules d'occasion se constate sur l'ensemble des catégories de revenus mais est amplifié pour les ménages les moins aisés. C'est en effet auprès des foyers les plus pauvres que le phénomène est le plus significatif: le nombre de véhicules neufs achetés par cette catégorie a été divisé par 2 en 10 ans. C'est en effet pour cette catégorie que l'augmentation des dépenses d'utilisations se ressent le plus dans le pouvoir d'achat. 

 

L'augmentation du prix relatif des véhicules : la baisse du pouvoir d'acheter des VN

Depuis 20 ans, l'effort à fournir pour acheter un véhicule neuf (en nombre de mois de salaire) n'a cessé de croître. Seuls les 20 % des ménages les plus riches ont un pouvoir d'achat qui a suivi l'augmentation du prix des voitures. La mise sur le marché de véhicules toujours mieux équipés, intégrant toujours plus de technologies sur le modèle des spécialistes allemands trouve ici une limite avec le pouvoir d'achat que les ménages peuvent consacrer à l'automobile. L'offre des constructeurs se trouve dès lors décalée par rapport aux attentes réelles des ménages.

 

La réponse des constructeurs face à la concurrence et à la tendance à la baisse des ventes s'est axée essentiellement sur la multiplication des modèles et un fort renouvellement des gammes. Face à cette réalité du pouvoir d'achat des ménages, les équipes commerciales tentent bien d'enchanter le produit automobile mais dans les faits ceux-ci sont obligés de pratiquer des offres commerciales conséquentes pour conserver leurs parts de marché. Bernard Jullien qualifie le phénomène d'une forme structurelle de surqualité désignant la pratique des constructeurs de toujours vouloir proposer plus aux clients sans que ceux-ci consentent à payer pour cette surqualité. Le succès inattendu de Logan en France, dont le positionnement est venu concurrencer les véhicules d'occasion, est une indication de ce décalage existant entre l'offre de véhicules neufs et les attentes d'une part importante des ménages français.

 

 

 

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